Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

samedi 28 mars 2026

Radio Love

Il faut quand même que je vous raconte pourquoi j'ai sauté sur l'occasion de deux compliments et demi pour me lancer dans des versions audio pour le blog !

Il y a longtemps, quand j’étais étudiante en Lettres Modernes — ce qui laisse un petit peu de temps pour vaquer à d’autres occupations, surtout quand, comme moi, on n’est pas très assidue en cours — je me suis fait entraîner par un copain dans une émission de radio étudiante, sur notre radio locale : Radio Ginglet la Boucle, aka RGB 99.2.

Il y avait là Pépé Funky et quelques autres figures locales. C’était évidemment hyper amateur, et même presque inaudible. J’ai un souvenir ému du mec à la technique, Noël Dos Santos, qui m’a appris à peu près tout ce que je sais du montage audio. Je pense à lui beaucoup, ces derniers temps, parce qu’Audacity, c’est quand même plus simple que de couper des bandes, les scotcher, et se rendre compte qu’on a coupé un peu trop… plutôt qu’un peu pas assez.

Il m'est resté de cette époque beaucoup de joie et de très bons souvenirs.

Et puis, à la fin de ma maîtrise — je ne sais même pas quel est l’équivalent aujourd’hui, un M1, je pense — j’avais très envie d’entrer dans un troisième cycle qui me préparerait à faire de la radio plus tard. Ça a foiré.

J’avais mon concept. Ça s’appelait « Dessine-moi un roman » et j'’aurais aimé inviter des gens à me parler des romans qui les ont marqués. Bon… ce concept n’est peut-être pas très original, et il est mort avec la bifurcation vers la fin de mes études et le début de ma vie pro.

Et puis voilà. Quelques années plus tard, j’ai lancé un podcast pour le boulot. Ça a bien marché, et ça m’a rappelé des choses que j’aimais.

Mais je me disais : flemme. Enfin non, pire que flemme : pas le temps. Et puis pour faire quoi, au fond ?

Et puis finalement, les balades avec ma voix dessus ça a plu à… trois personnes. Du coup, je me suis sentie totalement légitime pour acheter un micro, faire des versions audio, ou de bloguer à l’oral et retranscrire ensuite.

Et maintenant, vous êtes coincés. C’est horrible. C’est tragique, ce qui vous arrive.

Enfin, tout ça pour dire que j’ai toujours beaucoup aimé la radio. Et qu'aujourd’hui, je ne sais pas si ça va me mener très loin, si ça va durer très longtemps… mais ça m’amuse de me retrouver face au micro, le casque sur les oreilles, dans une ambiance qui ressemble un peu à ça, de loin,.

Mon micro, son filtre anti pop, rangés sur mon bureau.

Et une reprise constipée pour Orpheus, une !

jeudi 26 mars 2026

A vol d'oiseau

On pense toujours, quand on entend l'expression "à vol d'oiseau" à une ligne droite, sans détour, le plus court chemin possible, d'un point à l'autre.

J'ai une jolie distraction, dans la vie, que ce soit des fenêtres de ma maison —en particulier celles de la cuisine— ou du toit du bureau, j'ai des oiseaux à regarder.

Je suis nulle en marques d'oiseaux, apparemment je ne fais pas la différence entre un pigeon et une tourterelle. Globalement ça m'intéresserait plus de savoir s'ils s'appellent Gertrude ou Toby que de connaître leur race.

On s'en fout.

Depuis longtemps, quand je les regarde, j'ai l'impression qu'ils jouent. Souvent je les vois s'élancer, faire du toboggan sur un courant d'air. Tourner comme pour le plaisir, faire "comme si" ils se... laissaient tomber. Planer sans but apparent, ou compréhensible par une profane comme moi.

Aucune idée de la véracité de cette théorie, mais tout ça pour dire que je ne les trouve pas très efficaces, ces vols d'oiseaux.

Et puis l'autre soir, en raison d'une conversation, je me suis retrouvée à calculer les distances d'où je suis à vol d'oiseau...

710,63 km de mes parents
499,76 km de chez Kozlika et Franck
506,04 km de chez Luce
11,5 km de la place de la Bastille
8,20 km du bureau
5 264,86 km de ma tante
5 496,68 km de mon amie N.
3,30 km seulement de chez S
1,07 km de chez A. (et c'est presque pareil à pied)
578,61 km de chez Tante Pim
16 739,47 km de chez E, mais plus pour très longtemps. Presque un demi-tour du monde.

(Quoi faire de ces informations ? À part se dire que les oiseaux ne sont pas si sérieux qu'on le dit ?)

Au loin et à vol d'oiseau, y la place de la Bastille. (Mais on ne la voit pas, on ne voit que des toits parisiens)

mercredi 25 mars 2026

Mon Frifri a disjoncté

(Murmures scandalisés. Quoi ? Elle parle encore de choses grivoises ? C'est si vulgaire pour une femme ! Oui mais tu sais, elle porte un parfum d'homme, on sait ce qu'il faut penser des femmes qui portent un parfum d'homme...)

Or donc mon Frifri[1] a disjoncté.

J'étais tranquillou en train de faire des gaufres (de Liège) dimanche matin. J'avais préparé la pâte la veille, elle était magnifique. Les lumières du petit matin étaient merveilleuses, depuis la cuisine et je rêvassais à la fenêtre en retournant l'engin de loin en loin.

Quand est enfin venu le temps de la dernière gaufre, je me suis étonnée qu'elle semble s'arrêter dans sa cuisson. Ah, tiens, le voyant lumineux qui devrait être rouge est éteint. Bon. Test des interrupteurs de la cuisine : y a l'électricité. Test de la prise multiple sur laquelle est branché l'engin : oh, tiens, elle est éteinte. Rallumons. Test de la prise : elle fonctionne.

La prise, oui, le Frifri, non.

Ça m'agace. Ok il n'est pas neuf, mais il n'est pas non plus très vieux (autant qu'il m'en souvienne, il date du temps des confinements, quand le levain Balthazar-Melchior prospérait dans le frigo et où j'avais trouvé qu'il nous fallait un gaufrier, un vrai.

Bon, ça coûte un peu plus de cent balles, me dis-je dans mon petto préféré, le mois prochain, quand la paye sera tombée ? Mais quand même, ça m'agace. Alors j'ai fouillé les internets de fond en comble et constaté que c'était fréquent, que la résistance qui fait chauffer les gaufriers fasse sauter le petit fusible qui va bien. Sauf que c'est environ introuvable, me dit-on (Reddit ?)

Je n'ai pas encore cherché à trouver l'introuvable, semaine bien dense, pas de temps pour ça. Je préfère raconter des conneries sur internet.

Et puis est-ce que j'ai vraiment besoin d'un nouveau gaufrier ? (Oui, d'autant qu'il me reste de la levure fraîche qui va rageusement devenir de plus en plus agressive dans le frigo). Et je reste chez les Belges ? Il paraît qu'un modèle Lagrange est bien aussi. Mais l'honneur de mes aïeux ? La prédisposition génétique qui me fait bronzer rouge héritée d'eux ? Fini l'hommage ? Et puis au moins les plaques et la coque seront déjà là (et compatibles ???)

Trop de questions. Pas assez de certitudes.

Au moins un truc très positif : ça me fait rigoler d'annoncer dès que je peux que mon Frifri a disjoncté.

Une gaufre de Liège.

Note

[1] Le gaufrier, donc, mon huitième belge ne pouvant tolérer qu'un appareil issu du meilleur savoir-faire disponible.

lundi 23 mars 2026

Snob

Or donc, à cause de vous (!!!) j'ai acheté un micro de bonne qualité. Parfois je raconterai des trucs dedans et les retranscrirai pour celles et ceux qui préfèrent lire, parfois je vais écrire puis lire, on verra. Mais sachez que le micro, couplé avec le logiciel qui va bien, permet de faire des voix ultra bizarres, vous n'êtes donc pas du tout à l'abri du fait que je fasse des pitreries de gamine avec.

Alors, il semblerait que certaines personnes, que je ne vais pas citer, mais parmi lesquelles mon père, trouvent que je suis un tout petit peu snob dans mes choix culturels.

Bien. Une fois ceci posé, on peut aussi dire que c'est partiellement vrai. C'est-à-dire que j'ai décidé que, globalement, j'aimerais privilégier la qualité à tout autre critère.

Et comment on définit la qualité en art ? Eh bien, vous avez deux heures[1].

En ce qui me concerne, j'aime bien des œuvres qui viennent me poser des questions, voire me les hurler aux oreilles, me mettre dans des états émotionnels avancés.

J'aime bien quand ça me fait réfléchir longtemps après. Et j'aime bien qu'on me raconte bien une bonne histoire. Donc c'est assez large.

Je dois confesser que j'ai vu assez récemment LOL 2.0, non pas parce que je m'attendais à une œuvre de qualité, mais par une sorte de nostalgie de la très jeune fille qui était en pamoison devant La Boum, qui espérait bien devenir une Poupette, plus tard, et qui aurait bien aimé être un peu plus Sophie Marceau, dans sa vie.

Bon, il se trouve que ce point-là est complètement foiré, mais comme je l'ai raconté assez récemment, j'ai quand même dîné un soir avec Claude Brasseur – pas en tête-à-tête, mais avec Claude Brasseur – et donc une partie de ma mission est accomplie. Pour le reste, on repassera plus tard.

Voilà.

Et donc c'est ainsi qu'avec toute cette snobitude – snobinité ? snobinarderie ? – avec tout ce sens du snob, je suis allée voir Projet: Dernière Chance avec Lomalarchovitch samedi.

On avait vaguement dit qu'on irait voir Jumpers. Et puis en fait, il est allé le voir avec son grand frère et son père. Et tout ce que le monde avait à m'offrir, c'était une version VF.

Et donc, je lui ai dit : “Bof ! Et si on allait voir ça plutôt ?”

Il m'a dit : “C'est quoi ?”

J'ai dit : “Je crois que c'est une bromance entre Ryan Gosling et un rocher.”

Et je remercie mon fils d'être assez ouvert et plein d'humour pour trouver que c'était une bonne idée.

On s'est installés dans une très grande salle de l'UGC des Halles, au premier rang, pour avoir de la place pour les pieds. Et puis pour avoir de la place pour poser nos affaires, au cas où la salle serait pleine. Et puis pour être plongés en direct dans les étoiles.

Ma foi, on a passé un super bon moment. Je me souvenais que Joëlle avait dit du bien du roman. Et c'est une bonne histoire, bien menée. Et c'est effectivement une bromance entre Ryan Gosling et un rocher.

Tous ceux que les histoires atypiques emmerdent n'iront donc pas voir ce film. Ou alors peut-être qu'ils les aiment bien, mais seulement dans les films.

En tout cas, on a passé, nous, un très bon moment. Mon fiston a beaucoup rigolé. Il est ressorti en me disant : “Est-ce que toi aussi, t'as un peu pleuré à tel et tel moment ?”

Je lui ai dit : “Oui, oui, mon chéri, j'ai un peu pleuré.” Et même beaucoup.

On a passé une fort bonne journée. D'autant plus qu'on avait dévalisé, peu de temps avant la séance, la Fnac des Halles.

Donc, amis de la culture, j'ai acheté trois mangas et vu un film commercial avec mon fils. Voilà ce que c'est qu'une snob.

Aujourd'hui, je suis allée voir Rue Málaga aux 5 Caumartin. Nous étions quinze personnes à avoir eu la même idée.

Il se trouve que ce film est programmé dans moins de dix salles à Paris. C'est vous dire que ça va faire un tabac, et que c'est dommage, parce que ce film le mérite.

Il s'agit d'une très belle histoire de femme qui vieillit et qui refuse de quitter l'endroit où elle est née, où elle a grandi et où elle a vécu, où elle a aimé, où elle a élevé sa fille.

C'est Carmen Maura qui joue le personnage principal, et j'ai été subjuguée par sa beauté, par sa force, par sa liberté, par le fait qu'elle était réjouissante du début à la fin du film.

C'est un putain de bon film, dont on ressort assez heureux. En tout cas, moi, j'étais très heureuse de l'avoir vu, malgré le gang de très vieilles personnes qui étaient derrière moi et qui ont commenté à voix assez haute l'ensemble des pubs, des bandes-annonces et du film.

Quoi qu'il en soit, voilà comment on est snob en cinéma.

Retrouvez-moi pour de prochaines… Non, je rigole.

Je voudrais préciser, de façon à ce que ma rigueur scientifique puisse être transmise à absolument tous les lecteurs de ce blog, que ma méthode est infaillible.

Pour choisir ce que je vais voir, je m'en remets, en énorme partie à une martingale que trop peu de gens utilisent : le hasard.

Une affiche, un pitch, un livre recommandé, un coup de cœur sur trois images aperçues, et me voilà partie avec enthousiasme et avidité.

Je vous recommande cette méthode parce qu'elle offre bien des surprises — pour le pire et aussi pour le meilleur.

Le cinéma UGC du Forum des Halles vu de l'extérieur

Note

[1] Y a un mec qui en a fait un bouquin entier, culte sur plusieurs générations, Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes. C'est vachement bien. Aucune utilité pour comprendre ce billet mais vraiment vachement bien.

jeudi 19 mars 2026

Un coming out

Pour des raisons de générations, de contacts avec l'Orient au cours de leurs vies et je ne sais quoi encore, il y avait une sorte de postulat dans mes deux foyers de grands-parents selon lequel les tapis persans, c'est bien.

Assez tôt, j'ai eu un avis divergent sur le sujet.

D'abord pour des raisons de goût. Bon. La sensibilité esthétique ça ne se discute pas.

Et aussi pour des raisons d'incrustation de crasse sur plusieurs décennies, quelle que soit la puissance des aspirateurs sollicités.

Je sais, un tapis, ça se bat, mais vu la taille et le poids de ces engins (ne parlons pas de l'absence totale de maniaquerie de certains d'entre nous), la manœuvre est un peu délicate.

Et puis est venu un jour assez récent où mon père a fait son coming out.

Il a admis qu'après des années de conditionnement, il n'aimait en fait pas les tapis persans.

Tout le monde de soupirer, il était enfin temps de se dire la vérité : aucun d'entre nous ne les aime, ouhlala quel soulagement que de se le dire enfin ! Toutes ces années pendant lesquelles nous avons souffert en silence, chacun de notre côté !

Résultat des courses, l'objet de notre commun dégoût n'a pas bougé d'un cil. D'abord les tapis, ça vaut une blinde, et puis il est situé dans une pièce à grand passage, ses franges sont usées, certaines zones ont blanchi, il est sale malgré les efforts inlassables de ma mère, les griffes des chiens multiples ne l'entament pas, et puis par quoi le remplacer ?

Bref, l'immuable tapis persan nous enterrera tous.

Mais on est bien contents de ne pas l'aimer de concert.

Blacky, grand chien noir selon le modèle communément admis dans la famille, roulé en boule sur l'objet de notre détestation.
Blacky, grand chien noir selon le modèle communément admis dans la famille, roulé en boule sur l'objet de notre détestation., mars 2026