Sacrip'Anne

« Oui, je sais très bien, depuis longtemps, que j’ai un cœur déraisonnable, mais, de le savoir, ça ne m’arrête pas du tout. » (Colette)

jeudi 27 août 2026

Small talk

L'expression "fonction phatique du langage[1] a été récemment employée à table, l'échange que nous avions auparavant ayant été traité de conneries, sans autre forme de procès.

C'est con, c'est quelque chose que j'adore faire. Une micro connexion de quelques secondes avec un(e) inconnue, pour créer un sourire, une bribe de lien, un rire. Qui que soit l'autre et quels que soient le nombre de choses qui nous séparent, en un instant, nous sommes deux humains réunis dans un moment, dont on sort, généralement, heureux de l'avoir vécu.

Alors conneries, peut-être. Mais conneries au moins micro-utiles, un rien, une seconde, une poussière de bien-être.

Pas donné à tout le monde.

Ce que l'on voit et ce qui est vrai. Il n'y a qu'un chat sur cette photo.

Note

[1] En gros, la part du langage qui ne véhicule pas de message mais qui tient le lien "ouvert", tu vois ?

mardi 25 août 2026

Liquéfaction

La fatigue de ces vacances pas reposantes m'est tombée dessus.

Je dors, je lis, je lis dans mon bain, je lis dans mon lit, je regarde quelques films. À part quelques courses, alimentaires ou logistiques, un peu de cuisine, je n'ai rien fait depuis le retour.

Il ne s'agirait pas de revenir au travail plus fatiguée que je ne l'ai quitté ; c'est encore un pari.

Peu d'échanges : quelques fidèles viennent aux nouvelles, j'en donne aussi, mais si peu. Les gens sont encore occupés à vivre, à être heureux, je leur souhaite, ou alors ils rentrent, se préparent.

Et moi je les laisse profiter, il n'y a rien à faire ou à dire qui changerait quoi que ce soit.

Trois savent "viteuf" de quoi mon mois d'août a été fait . Un sait, mieux. Je m'imagine hurler un "non" rageux à qui me demandera "tu as passé de bonnes vacances ?", lundi, ça me fait rire, un peu.

Je suis à l'exact point où je me reproche de ne pas m'occuper mieux que ça sans avoir la ressource pour le faire. Et vite, il sera trop tard, le quotidien reprendra ses droits et je n'aurai que des regrets de ce temps libre mal employé. Manque l'étincelle. Parfois je n'en peux plus d'être le moteur, c'est aussi bête que ça.

Je me laisse traverser par la lassitude désabusée.

Je guette des bulles roses.

Quand même, j'ai libéré une plante, hier. Pas une beauté spectaculaire, a priori, mais je lui ai trouvé une grosse personnalité. (Lomalarchovitch, derrière, réprouve).

Une nouvelle plante pour la maison (Lomalarchovitch en arrière plan).

samedi 22 août 2026

Traverser le marécage

Traverser le marécage de douleurs, d'humiliations, de peines et de déceptions. Se laisser traverser par la tristesse. Se retourner et se rappeler que sur l'eau croupie, terne, dans son odeur de fange, il y a de petites lueurs qui ont balisé le chemin. Que même si l'avenir sera difficile, elles sont à moi, aussi inscrites dans mon identité que mon prénom ou la couleur de mes yeux.

Volutes de lumières imprimées sur le mur au travers de mon volet de bougainvillier.

Un rideau de bougainvillier, la lumière du matin qui transforme un vert terne en vert acide, de longues promenades natatoires et bavardes. Le soleil au travers qui dessine sur mon mur d'étranges volutes. Un repas délicieux. Deux livres venus m'attraper par les tripes, l'un dans un endroit existentiel, l'autre dans une sorte de quête dont l'objet n'est pas trouver mais guérir.

"La punition" d'Arthur Dreyfus, en cours de lecture dans mon bain, cet après-midi.

Des mots amis. Les retrouvailles avec des boules de poils collantes qui ne veulent vivre que sous ma main, contre moi. La sensation d'être concrètement utile, plutôt qu'à distance, pour une de mes chères. Le sentiment d'un long chemin accompli, ou en tout cas largement entamé, dans une direction qui me plaît. Peu de photos, mais des photos que j'ai aimé prendre. Des petites bulles roses qui surgissent sur mon téléphone, comme un pouls qui me rattache à ce que j'aime vivre. Un nouveau titre de Fontaines D.C., comme écouté à deux à distance.

Mon reflet, en train de me prendre en photo dans une fenêtre aux volets fermés, une branche de bougainvillier coincée entre les deux.

mercredi 5 août 2026

Like animals

Ce changement de climat qui nous fait savoir à quel point il n'y aura pas de demi-tour (pas de notre vivant, en tout cas, a priori), m'amène souvent à penser aux animaux — autres que les humains.

Ceux qui crèvent depuis des décennies dans une extinction de masse qu'on fait mine d'ignorer.

Ceux qui vivent encore mais pour combien de temps ?

Ceux qui sont tués dans des catastrophes environnementales de plus en plus brutales, de plus en plus frappantes.

Ceux à qui on a appris à vivre avec nous en prenant la responsabilité de compenser ce qu'on leur enlève en les coupant de la nature.

Je ne crois pas qu'il y ait l'humain d'abord, l'animal ensuite, le végétal après. Pas par conviction antispéciste, pas par sensiblerie. Mais déjà parce que, une fois encore, nous sommes des animaux. Et qu'ensuite, tout le vivant est connecté. Si le végétal meurt, on meurt. Si les animaux meurent, on est déjà en train d'agoniser.

Ça n'est pas plus compliqué que ça.

Il y a beaucoup de mépris pour les gens qui aiment les animaux profondément, et ce mépris me dit beaucoup des gens qui l'exercent. Non on ne remplace pas des enfants, des relations humaines par d'autres espèces. Mais on ne s'attache pas puissamment à un être vivant, comme on le fait avec nos animaux plus ou moins domestiques, simplement pour faire joujou ou parce qu'on a le cœur trop sensible.

Cet attachement prend des formes plus ou moins.... folkloriques, mettons. On prend plus ou moins bien soin des animaux à qui on s'attache, aussi. On leur prête trop souvent des caractéristiques humaines en oubliant leurs vrais besoins.

Mais toutes celles et ceux qui ont déjà éprouvé la perte d'un compagnon non humain savent que ce deuil non humain coûte. Peut-être que ça n'a pas toujours été le cas, peut-être qu'on avait autrefois une vision plus utilitaire des bêtes qui vivent avec nous, mais il y a aussi des histoires qui nous viennent de loin et qui évoquent ces liens, des ossements humains enterrés avec ceux de chats ou de chiens, les familiers des sorcières. Les chevaux et l'apprivoisement mutuel nécessaire à la coopération.

Il y a quelque chose de vraiment bouleversant à gagner la confiance d'un animal.

J'ai vécu avec des chiens, je n'en ai plus parce que j'ai eu la garde des chats et que je sais que c'est plus que ce que je ne peux donner en ce moment de faire ce qu'il faut pour qu'un chien soit pleinement épanoui avec moi, pas pour des questions d'appartement mais parce que je ne saurai pas lui trouver le temps et la patience de sortir une heure, ou deux, avec lui, le soir une fois rentrée du boulot. J'en croise souvent qui aiment me renifler (je sens bon le chat), je leur tends la main à flairer mais ne les caresse que s'ils me montrent expressément qu'ils en ont envie (cette façon de s'appuyer sur vous du flanc ou du cul, de se positionner "sous la main" qui me fait rire à chaque fois).

Je m'entends bien avec les chats parce qu'on fonctionne pas mal pareil : des temps de grands câlins mais aussi des temps où ne pas y risquer une patte. Pour le coup, ce sont les miens qui me harcèlent de coups de boule pour que je les caresse, d'appels au jeux. J'ai trié et rangé les friandises cambriolées par Obi-Wan l'autre jour et les ai mises en vrac [1], il vient tous les soirs se coller là où elles étaient puis là où elles sont maintenant pour me dire qu'il est l'heure de chasser la canne à pêche puis de manger sa proie (les friandises, donc).

J'ai suffisamment côtoyé de chevaux pour savoir que ce n'est pas parce qu'ils semblent ne pas se souvenir qu'ils sont beaucoup plus lourds et courent beaucoup plus vite que nous qu'il faut se coller sous leur nez et les caresser comme si on avait élevé les cochons ensemble.

Bref.

Je crois qu'il y a une raison toute simple à l'amour qu'on peut avoir pour eux.

Dans la relation qu'on fabrique avec eux, il n'y a pas de triche, de masque social, de semblants. Il n'y a pas de mensonges, de malentendus. Nos mots d'amour pour eux ne sont presque rien, ce sont les actes qui comptent.

Ils nous prennent absolument comme on est, sans jugement. Qui on est ça leur va, tant qu'on assure avec eux. Et franchement, il n'existe pas beaucoup de relations humaines aussi exemptes de reproches, d'attentes déçues, de déceptions. L'amour inconditionnel.

Alors je crois qu'il y a cette légende sur les amateurs de chiens vs chats. Étant parfaitement bilingue de naissance, sur le sujet, je ne prendrai pas partie. Il me semble que peut-être, les chiens sont capables de plus s'adapter à la façon qu'on a de les traiter, dans une certaine mesure, alors que pour le chat il faut être prêt à ce qu'il fasse respecter à la lettre ses moments de consentement... et les autres.

Il me semble qu'il est important, malgré tout, de se souvenir qu'ils sont des animaux pas si loin d'être sauvages, avec des besoins, prismes, réactions, instincts qui ne sont pas les nôtres. Mes chats vivent dans un monde parallèle au mien, qui est leur version de mon appartement. Ce qu'ils font et qui me contrarie n'est pas fait pour me faire chier mais suit une logique et une suite de réactions, d'alertes, qui leur est propre.

Tout ça pour dire que tout est, d'abord, une question de respect, pour un individu d'une espèce qui n'est pas la nôtre, n'obéit pas à notre logique. Qu'on prive d'une partie de ses ressources, alors il faut assurer. Faire en sorte de mériter la confiance qu'ils nous donnent.

Et se servir de l'attachement qu'ils forment pour la forme de nous la plus mammifère, la plus dénuée d'artifices pour apprendre à s'aimer mieux, sans doute.

J'essaie de ne pas juger trop fort les gens qui prennent leurs animaux pour des poupées, ou n'arrivent pas à comprendre que leur besoin est une notion très différente de : notre intérêt.

Je n'y arrive pas vraiment avec les humains qui, sous prétexte que c'est mignon, que c'est leur plaisir, foncent direct sur une bestiole pour leur imposer un contact. Que ce soit un animal domestique parfaitement sociable ou l'éléphant au zoo, le dauphin qu'il est pourtant interdit de toucher, panneaux faisant foi, ou le cheval qui tire la cariole à touristes sur les sites à visiter.

Quand je vous dis que le contact avec les animaux met à nu qui on est... (pas toujours pour le meilleur).

D'abord ça me paraît être un très mauvais pari sur les réactions des animaux face à un contact non consenti. Et surtout un mépris total du reste du monde (au sens : non humain) autour d'eux. (Putain, imagine, on prendrait le métro des lions et ils seraient sans arrêt à nous faire gouzi gouzi parce qu'on est trop mignons et que ça leur fait une expérience mémorable ! Bougez pas, j'achète le pop-corn.)

Peut-être que ce sont les canicules, puis les incendies de ce début d'été qui me font penser à ça. Et puis on est en pleine saison des abandons, les refuges sont saturés de chiens trop chiants pour partir en vacances et de chats qui se sont mis à trop vomir en voiture.

Peut-être qu'aussi j'en ai un peu marre, de beaucoup d'humains, ces derniers temps.

Mais bon. Pour faire valoir ce que doit.

Avec des pensées pour Jody, Job, Ouno, Baloo, Cléo, Kitty, Ulysse, Badger, Excel, Ohio, Willow, Maïa (Leonard Cohen), Obi-Wan (David Bowie) et Blacky qui ont accompagné des moments plus ou moins longs de ma vie, et à ceux que j'ai croisés quelques heures ou quelques jours pleins de bons moments.

Des chats en train de jouer.

Note

[1] Tant pis, les parfums fromage et sardine sont mélangés, mes psychorigides s'en remettront !